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60 ans après, que reste-t-il de la Ve République ?

Martial Sciolla s'exprime sur la communication d'Emmanuel Macron

Henri Guaino : "La démocratie est en train de se dérober sous nos pieds"

Le 28 septembre 1958, les Français se prononçaient sur la nouvelle Constitution fondatrice de la Ve République. Un régime à “l’esprit” bien particulier, mais affaibli par de nombreuses réformes, françaises ou européennes.

 

Atlantico :  Voici 60 ans, le 28 septembre 1958, les Français approuvaient à 79,2% le texte de loi constitutionnelle qui lui avait été présenté par le général de Gaulle. Que reste-t-il encore de ce qui est si souvent appelé “l’esprit de la Ve” ? 

 

Henri Guaino : Il faut d’abord s’entendre sur ce que l’on appelle “l’esprit de la Ve”.

Cet esprit est le fruit du diagnostic qu’a posé le général de Gaulle sur la succession des heurts et malheurs qu’a subi la France depuis le début de la IIIe République. En particulier le traumatisme de la défaite de 40 et l’effondrement de 58, qui menait le pays au bord de la guerre civile, et plus généralement le désordre constant des institutions depuis l’avènement de la IIIe République.

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Le 5 août 1972 Pierre Mesmer était nommé premier ministre de Georges Pompidou.

Retour sur l’hommage à un grand monsieur qui après avoir exercé toutes les responsabilités et risqué sa vie pour la France a eu la grandeur de refuser d’être candidat à la présidence de la République où le poussaient tant de gens parce que dira-t-il, “je me suis posé la question : serais-je capable d’être Président de la Republique? La réponse n’était pas évidente”.

Il répondra non. Comparons avec aujourd’hui.

Cherchons les hommes de cette trempe.

 

Henri Guaino
Discours prononcé lors de l’hommage à Pierre Messmer

Sarrebourg – 3 septembre 2016

 

S’adressant à Pierre Messmer avant de faire son éloge, Maurice Druon lui dit un jour : « Je connais votre horreur des compliments et des louanges. Vous avez dit un jour, avec un humour gaullien : je n’aime pas les coups d’encensoir. Cela fait mal à la tête ». Mais vous ne pouvez empêcher qu’on reconnaisse et célèbre en vous le très grand Français que vous êtes. Le pays a besoin d’exemples, et les hommes qui en fournissent sont rares. Vous êtes l’un deux. Alors, acceptez donc de subir ce rappel de ce que vous fîtes et de noble et de grand ».

Aujourd’hui la ville de Sarrebourg, dont il fut pendant 18 ans le Maire, lui rend hommage avec cette statue qui rappellera à jamais son souvenir et à travers lui le souvenir des héros et des grands serviteurs de l’Etat de sa génération à laquelle la France doit tant.

Sur le socle, j’écrirais volontiers sous le nom de Pierre Messmer, à l’adresse de la jeunesse « En hommage à ces hommes si rares qui à chaque époque se sont levés avec courage dans les profondeurs du peuple français pour en incarner l’honneur et en défendre la liberté, ces hommes que dans l’épreuve nous attendons de nouveau avec impatience et qui tardent tant à se lever comme si le gisement en était épuisé, comme si l’énergie nationale s’était affaiblie au point de n’en plus produire aucun de cette trempe. »

La figure de Pierre Messmer, comme celles de ses compagnons, grandit avec la médiocrité des temps, la bassesse des attitudes, la petitesse des sentiments. Si tout ce qui n’a pas de prix n’a plus de valeur, comment comprendre ces femmes et ces hommes qui disaient : « nous n’avons fait que notre devoir ».

Petit-fils d’un Alsacien qui en 1871 avait quitté sa terre natale parce qu’il voulait rester Français, il ne cessera jamais d’aimer le France au point d’être prêt à tout lui sacrifier.

Toute sa vie illustrera ce que veut dire se faire « Une certaine idée de la France ». A partir de 1940, pas une période de son existence qui ne soit consacrée à la servir, pas un instant où ce qu’il accomplit n’ait à voir avec sa grandeur, son prestige, son indépendance.

Officier de la France libre, administrateur des colonies, ministre des Armées, Premier Ministre, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques, Chancelier de l’Institut, membre de l’Académie Française où il succède à Maurice Schumann : tant de grandes vies en une seule, tant de batailles pour un seul et même combat.

Il commence de 17 juin 1940, le jour de l’Armistice.

« Mon grand-père dira-t-il avait refusé de rester en Alsace et était passé en France. Moi, je refuse de rester en France après l’Armistice et je passe en Angleterre pour rejoindre les Forces françaises libres ».

Il est lieutenant. Avec son ami, Jean Simon, futur général et chancelier de l’Ordre de la Libération, ils volent une moto, s’embarquent à Marseille sur un bateau italien confisqué par la marine française qu’ils détournent vers l’Angleterre.

Ils font partie de ces quelques centaines de jeunes français auxquels le Général de Gaulle dira « je ne vous féliciterai pas d’être venus, vous n’avez fait que votre devoir » et qui ne savaient au fond qu’une chose des raisons pour lesquelles ils étaient là, c’est qu’ils voulaient se battre pour une étrange fierté que la France à leur yeux avait perdue.

Ils ne se posaient pas la question de savoir s’ils allaient gagner. Ils étaient là parce qu’ils sentaient qu’ils devaient y être en vertu d’une force mystérieuse, celle peut-être que jadis on appelait « le sens de l’honneur » et qui faisait les hommes debout.

Tout poussait Pierre Messmer à s’engager dans l’épopée des Français libres.

Il le racontera plus tard : « Est-ce rejet de cette vie familiale paisible et confortable ?

Est-ce l’exemple du grand-père qui avait tout sacrifié pour ses idées et sa patrie, était resté pauvre et ne s’en plaignait jamais ?

J’ai senti très jeune le besoin des grands espaces.

La mer, les déserts, le goût de l’aventure avec ses rêves, ses joies et ses dangers. »

A la tête d’une compagnie de la Légion Etrangère, il est à Bir Hakeim, à El Alamein.

Il s’insurge quand les chefs sacrifient inutilement la vie des soldats.

Il se bat. Il est heureux.

« J’étais officier de troupe, dira-t-il, et je voulais le rester ».

Il aime la fraternité des armes.

Il relit Lawrence d’Arabie, les Sept piliers de la sagesse.

Mais, il gardera de la campagne de Syrie le douloureux souvenir d’une lutte fratricide et il reconnaîtra dans cette douleur la terrible faute morale de Vichy et de la collaboration qui fait tuer des Français par des Français. Après l’Afrique, la France, l’Indochine… Il est capturé par le vietminh. Il s’évade…

Dans ses cantines, durant toute la guerre, les poèmes de Péguy.

Combien de fois a-t-il dû se réciter ces vers du poète mort d’une balle en plein front au début de la grande guerre :

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.
Car cet aveu d’honneur est le commencement
Et le premier essai d’un éternel aveu. »

Il écrit « Je suis heureux parce que je suis certain avec toute la brigade que nous serons bientôt engagés dans une grande bataille. (…) Malgré deux jours de combat, deux jours sans sommeil, je ne sens pas la fatigue, mais une sorte d’exaltation. (…) Il y a des moments de grâce, si je puis dire. Il y a des états de grâce à la guerre comme en temps de paix, des moments où je n’avais pas peur, même dans le danger, et d’autres où j’avais peur ».

La guerre finie, De Gaulle reparti à Colombey, le régime des partis réinstallé, il perçoit d’emblée la faiblesse de la IVème République : l’incapacité de décider.

Malraux dira : « les politiciens contournent toujours l’obstacle ».

Mais il y a l’Indochine, l’Algérie … L’indécision se révèle mortelle.

Il repart en Afrique.

Il dira d’elle : « j’ai aimé les Africains comme des frères et l’Afrique comme une seconde patrie. »

Toujours confronté depuis 1940 à la question du conflit entre la légitimité et la légalité, il observe à quel point dans des pays divisés en ethnies, en tribus, en religions antagonistes, l’élection ne règle rien comme nous le rappellent l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, le Rwanda… Il approche les mystères de l’Afrique noire isolée du reste du monde jusqu’au XXème siècle et dont les structures économiques, sociales et politiques ont volé en éclats. Mais les Africains dit-il « ont gardé leur élan vital incomparable, leur infinie capacité de souffrance, leur solidarité familiale et tribale forte et leur sentiment national faible, leurs religions traditionnelles en déclin apparent mais imprégnant le Christianisme et l’Islam des nouveaux convertis. »
Et il note « le syncrétisme est une forme de génie africain. Pourquoi ne s’appliquerait-il pas à la politique ? Les Dieux de l’Afrique ne sont pas morts. Pour survivre ils se cachent sous d’étranges déguisements. »

A méditer par les prophètes de l’aplatissement du monde et les idéologues du modèle unique de démocratie avec leur bonne conscience en bandoulière qui dans l’Histoire a causé tant de malheurs.

Il est gouverneur de la Mauritanie, gouverneur de la Côte d’Ivoire.

Haut-Commissaire au Cameroun, en Afrique Equatoriale, en Afrique occidentale. Il écrira « J’ai compris que d’autres peuples avaient, comme le mien, le goût de la liberté. Il était absurde, coupable et contraire à la vocation comme aux intérêts de la France de s’y opposer. Le colonial que j’étais est ainsi devenu acteur de la décolonisation. »

En 1960, il est Ministre des Armées du Général de Gaulle.

Il le restera neuf ans.

Incarnant par son passé de combattant, son patriotisme, la fermeté de son caractère, son courage, sa rigueur, les plus belles valeurs militaires.

Face au drame algérien, il s’interroge : « les sentiments qui m’ont porté de 1939 à 1945, patriotisme, volonté de vaincre peuvent-ils encore m’inspirer en Algérie après l’Indochine ? Seul me soutient le vieil honneur militaire qui impose qu’un soldat aille jusqu’au bout de sa longue et lourde tâche, quoi qu’il en coûte. Et aussi ma volonté de retenir dans le devoir mes camarades de guerre qui servent en Algérie et que je sens au bord de la révolte. »

Il connait les horreurs de la guerre mais il combattra la torture.

Un homme vrai. Un vrai ministre qui fait corps avec l’armée, avec l’Etat, avec la Nation dans un temps où il y avait de vrais ministres, un vrai gouvernement, un vrai Chef de l’Etat, et pour tout dire un Etat qui permet à la France de ne pas se défaire dans l’épreuve.

Un Etat qui résiste à la guerre d’Algérie, à l’OAS, à mai 1968.

Le ministre loyal, discipliné garde au cœur une blessure : le sort des Harkis et des supplétifs abandonnés aux tueurs du FLN qui n’hésitent pas à violer les accords d’Evian et le mauvais accueil, souvent indigne, fait à ceux qui parviennent à gagner la France après s’être tant battus pour elle.

En 1971, il est Ministre de l’Outre-mer dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas.

La même année, il est élu Maire de Sarrebourg.

En 1972, Georges Pompidou le choisit comme Premier Ministre.

A la mort de celui-ci, il hésite à se présenter à la Présidence de la République.

On le pousse.

Dans ses mémoires, il confie avec une humilité qui exprime la grandeur morale de cet homme qui n’était décidemment pas un politicien « Depuis le début de ma vie active j’avais toujours eu conscience de dominer ma fonction, grande ou petite, donc d’être capable de l’assumer au mieux, ce qui me donnait assurance et autorité. Pour la première fois, depuis mon entrée à Matignon, je n’étais plus sûr de moi et je devais me poser la question : serais-je capable d’être Président de la République ? La réponse n’était pas évidente. »

Il renonce. Certains y voient de la faiblesse. C’est de la force de caractère !

Trop de manœuvres, trop de jeux de pouvoir, de cynisme pour cet homme qui a toujours simplement voulu servir son pays.

Il ne sera plus jamais ministre.

Il poursuit sa carrière politique jusqu’à sa défaite aux élections législatives de 1988.

Au journaliste et écrivain gaulliste Philipe de Saint Robert qui lui fait part de sa déception, il adresse cette lettre :

« Cher Ami,

Merci pour votre lettre à laquelle j’ai été fort sensible.

En démocratie, la dignité des responsables politiques tient à ce qu’ils se remettent en question, périodiquement, à l’occasion d’élections.

Cet exercice comporte des risques : d’autres – et non des moindres – en ont fait l’expérience avant moi.

Cela dit, je n’ai plus le goût de la vie politique et il est possible que les électeurs l’aient senti.

Quoi qu’il en soit, ayant l’habitude de prendre les situations par le bon côté – ce qui n’est pas votre cas – j’en ai profité pour m’accorder six semaines de vacances en Bretagne ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps… »

Il décide de ne plus solliciter de mandat politique. Il a arrêté sa ligne de conduite. Comme toujours, il s’y tiendra.

En 1995, il est Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques.

En 1998, Chancelier de l’Institut.

En 2000, il entre à l’Académie Française au fauteuil de Maurice Schumann.

François Jacob, prix Nobel de médecine, chargé du discours de réception, l’accueille ainsi : « notre compagnie accueille aujourd’hui le premier légionnaire de son histoire. » et par ces vers de Racine :

« Libres de leur victoire et maîtres de leur foi.
L’intérêt de l’État fut leur unique loi. »

Et par ces mots :

« Votre vie ressemble bien souvent à une bande dessinée. Et vos mémoires se lisent comme un roman d’aventure ».
« Derrière la diversité des fonctions et des personnages, on trouve une grande unité de ton et de style. En atteste le témoignage de ceux qui, ici ou là, à une époque ou à une autre, vous ont connu : même masque d’empereur romain teinté d’une touche de Jean Gabin ; même voix de bronze dont on peut dire ce que Marcel Pagnol disait de Tino Rossi : « Sa voix porte sur les hormones des dames » ; même regard bleu et direct ; même franchise ; même réalisme ; même autorité naturelle ; même énergie ; même courage ; même curiosité ; même esprit toujours en éveil. »

A ce vieux soldat, ce serviteur de l’Etat qui avait conclu lui-même son hommage à son prédécesseur, son compagnon dans l’ordre de la Libération, par ces mots d’Antigone qui sont les plus beaux de la tragédie grecque « je ne suis pas venue pour partager la haine mais pour partager l’amour », François Jacob adresse cet hommage dans lequel tous ceux qui l’ont croisé et qui l’ont aimé le reconnaîtront et qui ne peut que nous conduire à juger sévèrement notre époque et tous ceux qui ont dilapidé cet héritage d’exemplarité et de vertu.
« Courage tant moral que physique, force de caractère, ténacité, réalisme, droiture, générosité, modération, désintéressement ont toujours animé votre action. Votre itinéraire d’exception, ce que j’appelais tout à l’heure la bande dessinée, peut servir de modèle à qui en cherche. On entend souvent le public se plaindre du personnel politique et, en particulier, de l’écart entre ce qui est dit et ce qui est fait. Vous avez illustré une certaine manière de faire la politique, au sens propre, c’est-à-dire de s’occuper des affaires publiques, de vivre dans la cité ; bref de faire le métier d’homme. Vous avez ainsi bien servi votre pays. »

Dans ses cantines, les poèmes de Péguy…

Et dans le cœur cette espérance sans laquelle une vie pareille n’est pas possible.

La flamme de la résistance…

Celle de la vertu d’espérance, car l’espérance est une vertu comme dit Péguy :

« Quelle ne faut-il pas que soient ma grâce et la force de ma grâce pour que cette petite espérance,
vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle,
soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure ; et aussi invincible, et immortelle, et impossible à éteindre ; que cette petite flamme du
sanctuaire.
Qui brûle éternellement dans la lampe fidèle.
Une flamme tremblotante a traversé l’épaisseur des mondes.
Une flamme vacillante a traversé l’épaisseur des temps.
Une flamme anxieuse a traversé l’épaisseur des nuits.
Depuis cette première fois que ma grâce a coulé pour la création du monde.
Depuis toujours que ma grâce coule pour la conservation du monde.
Depuis cette fois que le sang de mon fils a coulé pour le salut du monde.
Une flamme impossible à atteindre, impossible à éteindre au souffle de la mort. »

L’espérance est une vertu. Une vertu héroïque ajoute Bernanos.

Et depuis que la race des hommes comme Pierre Messmer est disparue, remarquez bien que cette vertu est particulièrement héroïque.

Des épreuves naîtront sans doute d’autres de ces hommes qui font espérer parce qu’ils espèrent eux-mêmes avec une force contagieuse.

Mais en attendant ?…

Entretien donné par Henri Guaino à Valeurs Actuelles

“En juin 2017 Henri Guaino me confiait qu’en politique, il vaut mieux avoir tort avec tout le monde, que raison tout seul. A relire ce qu’il déclarait alors, j’ai envie de lui dire qu’aujourd’hui nous sommes beaucoup à penser qu’il n’est plus seul.

Je vous invite à lire ou relire l’entretien donné par Henri Guaino à Valeurs Actuelles le 9 juin 2017, où il décrivait très précisément la situation que traverse notre pays aujourd’hui.”

– Martial Sciolla

Valeurs actuelles. Comment jugez-vous l’état de votre parti, les Républicains, au sortir de l’élection présidentielle, et leur attitude durant les élections législatives ?

Henri Guaino. Il est traversé par des fractures multiples dont les causes remontent à la création de l’UMP. Il était inévitable qu’un jour ou l’autre elles provoquent des déchirures. Le même mal affecte aussi le Parti Socialiste. C’est ce que j’appelle le mal du cartel électoral. Il y avait depuis 15 ans deux grands cartels électoraux en France dont les participants n’avaient parfois pas grand-chose en commun : pas de socle commun d’idées sur la nation, la société, la civilisation, sur l’Homme… Mais c’est pourtant un tel socle qui fait une famille politique, même s’il peut parfois y avoir dans cette famille des sensibilités différente et des divergences. Mais quand même, il faut que ce qui unit soit plus fort que ce qui divise. Or, au fond, ni le Parti Socialiste, ni l’UMP n’avaient ce socle commun. Ces cartels n’étaient destinés qu’à ratisser les voix le plus largement possible. L’un était positionné au centre gauche, l’autre au centre droit. Ils avaient vocation à alterner au pouvoir. Par une ruse de l’Histoire assez prévisible, la seule conséquence a été de faire émerger sur la scène politique de grands mouvements radicalisés. Car sans ciment idéologique et maintenant sans leadership, ces deux partis n’ont plus rien eu à dire aux Français, alors que les crises qui s’accumulent exigent des réponses de façon de plus en plus pressantes.

Face à ces cartels fragilisés par leurs contradictions internes, Emmanuel Macron réunit ce qu’Alain Minc a appelé jadis “le cercle de la raison” : ces gens soi-disant raisonnables, qui pèsent très lourd dans le pouvoir politique qui à droite comme à gauche exercent une influence dominante sur toutes les politiques depuis le « tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983.

Les voilà ensemble, en bloc compact au centre du jeu politique et pourraient bien le verrouiller en satellisant la majorité des français dans une multitude de radicalité qui par nature ne pourrait pas se coaliser.

Il n’y a-t-il pas quelque chose d’illogique dans un pays qui pense à droite, et qui pourtant a élu Emmanuel Macron ?

Le pays ne s’est pas tant droitisé que radicalisé. Ce n’est pas la même chose, car on ne répond pas à cette radicalisation par la droite ou la gauche, ce qu’Emmanuel Macron, comme le Front National d’ailleurs, a très bien compris. Le clivage droite/gauche a eu différentes significations tout au long de l’Histoire et il y a toujours eu plusieurs droites et plusieurs gauches souvent opposées les unes aux autres.

Aujourd’hui nous sommes dans un  moment de l’Histoire où bien malin qui peut dire ce que ces étiquettes signifient réellement.

Mais il y a plusieurs façons dans l’Histoire de dépasser la droite et la gauche, pour le meilleur ou le pire : la façon du gaullisme, ou du bonapartisme, ou encore le populisme, le nationalisme ou le fascisme ou encore le centrisme ou la troisième force sous la IVème République. Le Macronisme est une nouvelle façon, celle de la pensée unique, de la seule politique soi-disant raisonnable possible. Le vrai paradoxe, c’est que la France est radicalisée et révoltée contre le système de pensée et de pouvoir qui la gouverne depuis 40 ans, comme le montre le premier tour de l’élection présidentielle et que l’élection présidentielle accouche de la quintessence du système sous le masque juvénile de monsieur Macron : derrière le « dégagisme », le triomphe du « système » dans ce qu’il a de pire comme on finira par s’en rendre compte.

La réunion des deux demi-cercles de la raison, celui de gauche et celui de droite n’est pas une mise à bas du système qui nous a conduit économiquement et socialement et culturellement là où nous en sommes mais une consolidation, une pérennisation de ce dernier. Sous couvert de nouveauté et d’éclatement des « partis de gouvernement » le « système » s’affiche sans vergogne comme le maître du jeu en ne s’embarrassant plus de faux-semblant, en ne se dissimulant plus derrière les politiciens discrédités et les étiquettes usées jusqu’à la corde.

C’est le règne de la pensée unique, de l’arrogance technocratique, du pseudo progressisme et du pseudo modernisme décomplexés, jetant un jour un os à ronger à la gauche sociétale et un autre jour un os à ronger à la droite libérale…

Cette élection présidentielle restera comme le rendez-vous démocratique le plus manqué de la Ve République, un formidable pied de nez à un peuple qui n’en peut plus de souffrir, qui n’en peut plus de désespérer, qui n’en peut plus de l’insécurité économique, sociale, culturelle, et qui a été permis par le concours des circonstances et par la mobilisation de puissants intérêts matériels et financiers. Lorsque les français se rendront compte que tout ce dont ils ne voulaient plus s’est emparé de tout le pouvoir, les choses tourneront mal.

Le souverainisme avec des personnes comme vous, Nicolas Dupont-Aignan, ne peut-il pas constituer le noyau dur de l’opposition à venir ?

Je préfère faire référence au gaullisme : la souveraineté est le moyen de faire vivre « une certaine idée de la France », elle n’est pas une fin en soi.

Disons alors un courant politique d’inspiration gaullo-bonapartiste. Allez-vous finir par vous rassembler et faire émerger un grand pôle qui représentera ce courant de pensées ? Que pensez-vous de l’initiative prise par Nicolas Dupont-Aignan de proposer une alliance patriote et républicaine à Marine Le Pen ?

Ce qu’a fait Nicolas Dupont-Aignan – et je ne lui jette pas la pierre – a obéré sa capacité à être un acteur majeur de l’émergence d’un grand courant gaullo-bonapartiste capable de parler aux classes moyennes et populaires, de prendre à bras le corps la question nationale et la question sociale, ayant la volonté de donner à la France les moyens d’agir dans le monde tel qu’il est, au lieu de le subir. Ce courant qui ressemblerait un peu à ce qu’a été le RPR à ses débuts où le RPF du Général de Gaulle dans les années 50, entre le Front National, Macron, et la France Insoumise et dont notre vie politique a besoin. Sinon, on se retrouvera comme dans les années 50, avec une force centrale verrouillée par les notables qui se partagent le pouvoir et rejettent la majorité des français dans les pôles de radicalité que sont à l’époque le PC et le RPF sans qu’il puisse y avoir aucune solution démocratique à ce hiatus entre la majorité au pouvoir et la minorité qui subit jusqu’à ce que le régime de la IVème République s’effondre au bord de la guerre civile évitée de justesse par le retour du Général de Gaulle au pouvoir… Mais aujourd’hui, il n’y a plus personne à Colombey…

Avez-vous peur, dans les prochaines années, d’une situation extrêmement tendue, dans notre société ?

Prenons garde à ce que la pérennisation ou l’aggravation de l’écart entre le système de pouvoir et les aspirations profondes de la société dans un contexte de désordres graves, de crises aigües et de tensions fortes, ne conduisent pas à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets et n’ouvrent la voie à la violence comme seule issue à l’absence de solution démocratique. D’où encore une fois la nécessité absolue de reconstituer une force politique capable de parler aux classes moyennes et populaires qui permette d’envisager une autre majorité politique et d’autres solutions. L’UMP en conduisant à l’effacement d’un grand mouvement gaulliste et populaire et en préférant le parti unique aux alliances de gouvernement a été une faute qui se paye chèrement aujourd’hui.

Pour les élections législatives, et selon les derniers sondages, Emmanuel Macron risque d’avoir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dans ces conditions, il y aura-t-il une place pour une vraie force d’opposition ?

Il faut bien comprendre que nous sommes « en marche » vers la plus formidable concentration de pouvoirs entre les mains du président depuis 1958. Il est bon qu’un président ait une majorité. Mais  « en marche » n’est pas un parti inscrit dans une tradition politique, il ne se rattache à aucune histoire, c’est un agglomérat hétéroclite de circonstance. Cela fera une Assemblée de figurants aux ordres du seul trait commun entre tous ces élus dont le seul point commun est la fascination pour monsieur Macron. Faute de culture politique, d’expérience, d’ancrage cet agrégat de personnalités diverses sera manipulable à souhait par le pouvoir et les technocrates.

A cette inquiétude s’en rajoute une autre : l’autoritarisme qui pointe chez monsieur Macron. Les ordonnances, la concentration dans ses mains des services de renseignements, les projets concernant la suite de l’état d’urgence. Peut-être allons-nous découvrir une personnalité un peu plus inquiétante que nous le pensions… Du coup, une opposition capable de se faire entendre est encore plus nécessaire et elle ne doit pas être le monopole de la radicalité. Reste à savoir s’il restera de grandes voix au parlement après les législatives.

Pour exister l’opposition doit avoir quelque chose à défendre et des voix pour porter ce qu’elle a à dire ! Emmanuel Macron aura une majorité. Mais les nouveaux présidents l’ont tous obtenue, Mitterrand en 1981, Sarkozy en 2007, Hollande en 2012. Dès qu’il y a un changement de président, il y a logiquement une envie de nouveauté, une envie de chasser le temps usé et d’espérer à nouveau. Cela ne garantit rien pour la suite, on l’a bien vu avec François Hollande. Une illusion lyrique passagère ne fait pas un soutien indéfectible à une politique. L’inédit est qu’on ne sait pas avant de voter qui sera dans la majorité et qui sera dans l’opposition après les élections…

Êtes-vous justement venu dans cette circonscription pour porter une voix claire à droite ?

Je suis là pour trancher des contradictions qui empêchent toute reconstruction politique. On ne peut rien construire sur la confusion qui nous a amenés là où nous en sommes aujourd’hui. On ne reconstruira rien entre le Front National et le macronisme si l’on reste prisonnier de cette confusion et des motions de synthèses du parti socialiste.

Nathalie Kosciusko-Morizet est-elle le symbole de cette confusion à droite ?

On est dans la confusion quand on cherche à tout prix des synthèses entre ce qu’elle incarne, ce que j’incarne. Les synthèses foireuses ont tué le PS, elles sont en train de tuer Les Républicains. Il arrive un moment où il faut trancher.

Nathalie Kosciusko-Morizet pourrait très bien aujourd’hui siéger au gouvernement aux côtés de Bruno Le Maire et d’Edouard Philippe. Elle a d’ailleurs tout fait pour y entrer. Il y a plus de proximité entre ses idées et celles du macronisme qu’entre les siennes et les miennes.

On est, de plus, incapable de savoir aujourd’hui, si elle sera dans la majorité ou dans l’opposition.

La circonscription où vous vous présentez n’est-elle pas, à elle seule, représentative du grand malaise à droite, avec des courants irréconciliables ?

La configuration politique dans la 2ème circonscription de Paris est effectivement représentative de ce malaise de la droite et du centre qui étale ici toute les contradictions qui finissent par les rendre inaudibles. Les électeurs de cette circonscription ont, avec leur bulletin de vote, une responsabilité dans l’avenir de notre vie politique, de notre démocratie et de notre nation qui dépasse largement l’enjeu d’un siège parlementaire de plus ou de moins pour tel ou tel parti. Ils auront à choisir si l’opposition aura encore une voix pour se faire entendre et laquelle.

Qu’avez-vous aujourd’hui à dire au peuple de droite, déboussolé, qui croit en des gens comme vous, mais qui sont perdus et ne votent pas ou ne votent plus ?

On continue comme ça ? On continue à tout abîmer ? On continue à se prosterner devant l’héritage de mai 68 ? À laisser s’effondrer l’autorité ? Àdétruire la filiation ?  À dissoudre l’identité ? À renier une certaine idée de la civilisation et de la civilité ? À excuser les voyous ? À laisser filer le communautarisme ? À décourager l’effort, le travail, le talent, l’esprit d’entreprise ? À regarder de plus en plus l’homme comme une marchandise ? À dévaster l’économie, à fabriquer des chômeurs, des pauvres, des exclus ? Àlaisser une partie croissante de la jeunesse sombrer dans l’anomie ? Àliquider la nation et tout ce qui nous fait aimer la France et la fait aimer au monde entier, ou est-ce qu’on arrête avant que tout cela soit irréparable ? Si l’on ne veut pas que cela continue, il faut créer une nouvelle force politique réellement capable de dire « non » à cette tendance fatale.

C’est aujourd’hui votre volonté, la construction de ce nouveau mouvement gaulliste ?

C’est mon objectif, à condition d’être élu. C’est désormais aux électeurs de trancher. Si je ne suis pas élu, j’en tirerai les conséquences : on ne fait pas de politique tout seul.

Si vous n’êtes pas élu, vous ne seriez pas l’architecte de ce mouvement ?

Si vous n’êtes pas élu… quelle est votre légitimité en politique ? Si je ne suis pas élu, je redeviendrai un militant comme un autre. Tout le monde doit prendre ses responsabilités, j’ai pris les miennes, aux citoyens et aux électeurs de prendre les leurs. Il y a vingt-quatre candidats dans la 2èmecirconscription de Paris ! Chaque groupuscule de droite a éprouvé le besoin de mettre un candidat : c’est ce que l’on appelle l’union des droites !

Êtes-vous optimiste sur le fait que, dans les prochaines années, ce mouvement voit le jour ?

Je partage l’avis de Bernanos, « l’optimisme est une facilité, l’espérance est une vertu et c’est une vertu héroïque ». A certains moments l’espérance est une vertu plus héroïque qu’à d’autres moments (rires).

Certains à droite parlent d’un sentiment de “gâchis” en parlant des Républicains, qui auraient tout fait pour étouffer le courant gaullo-bonapartiste. Si vous n’êtes pas élu, la voix du gaullo-bonapartisme peut-elle s’éteindre ?

La mienne en tout cas, oui !

En voulez-vous à ceux qui, aux Républicains, ont tout fait pour étouffer votre courant de pensée ?

Ils ont quand même réussi le tour de force de faire perdre leur famille politique, non seulement les élections, mais aussi l’honneur. Comment s’étonner que les Français n’aient pas envie de leur faire confiance ?

Entre les opportunistes, les affairistes, ceux qui ne pensent pas, ceux qui ne voient pas plus loin que la prochaine élection, nous sommes quand même servis !

Je ne parle pas des militants et des sympathisants mais de ces quelques notables qui tiennent le haut du pavé, de ce petit clan qui s’est emparé des commandes de LR à la faveur de l’élection présidentielle, qui est toujours en place et qu’on ne pourra changer qu’à l’automne, qui a l’apparence de la légalité mais n’a aucune légitimité. Il remâche son amertume. Ce n’est pas la meilleure façon de créer un élan.


Propos recueillis par Pierre Dumazeau

Discours d'Henri Guaino au Congrès des Républicains du 30 mai 2015

Henri Guaino : "Je vais vous dire ce que j'ai sur le coeur"

L'immigration, entre inquiétude des Français et arrogance des hyper-riches

31.05.2018 – Gilles Casanova, facebook.com

L’inquiétude qui touche près de trois quarts des Français à propos de l’immigration, ne peut pas être entièrement basée sur de l’irrationnel, comme le professe majoritairement le Mainstream-media ou les âmes bien-pensantes.

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Les élections italiennes prouvent que la zone euro a basculé dans la post-démocratie

31.05.2018 – lefigaro.fr

Guillaume Bigot voit dans la situation italienne une crise majeure pour la zone euro, qu’il juge anti-démocratique. Pour lui, les déséquilibres entre les économies de la zone euro sont trop importants pour que l’union monétaire puisse éviter l’explosion.

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L'UE pourra conclure ses accords commerciaux sans Parlements nationaux

23.05.2018 – lefigaro.fr

Les ministres du Commerce de l’UE ont validé mardi une nouvelle approche dans la conclusion des futurs accords commerciaux de l’Union qui permettra de se passer, selon les cas, de leur ratification par les Parlements nationaux afin d’accélérer les discussions.

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