Nos prises de position

Le libre-échange, religion officielle des gouvernements européens

Le 22 mai dernier, les ministres du Commerce des pays membres de l’Union européenne ont convenu que les futurs accords commerciaux devaient désormais se réaliser sans l’aval des parlements nationaux. Cette décision prise en catimini dans l’ambiance feutrée des bureaux bruxellois montre une fois encore que les principaux dirigeants européens s’éloignent toujours davantage de leurs peuples qui les ont pourtant élus.

 

Du CETA à la sacralisation de la déréglementation du libre-échange

Les difficultés de la commission européenne à imposer le CETA sont la cause directe d’une telle inflexion dans la gouvernance européenne. La résistance du parlement wallon en 2016, petit caillou dans la chaussure des technocrates européens, était là pour rappeler que la démocratie était bien gênante lorsqu’il s’agissait de satisfaire des intérêts privés. En effet, outre les abaissements des droits de douane à destination des produits de l’élevage canadien, qui ne respectent ni les normes sanitaires, ni les normes environnementales des pays européens. Cette opposition à la norme et à la loi des États souverains, dernier rempart pour protéger les citoyens, caractérise avant tout le CETA. Désormais, les grandes multinationales peuvent attaquer devant un tribunal arbitral les administrations publiques dont les lois entraveraient leur développement économique. Le problème n’est donc pas seulement économique, mais aussi politique, avec le risque de voir se développer de véritables États parallèles ou encore une déréglementation généralisée qui toucherait l’ensemble des agents économiques y compris les services publics. Mais, même si le CETA a été adopté, la réticence wallonne était pour la technocratie bruxelloise un douloureux rappel qu’il existait encore une respiration démocratique sur le continent européen.

Après la démocratie

En dépossédant les parlements nationaux de tout pouvoir sur les prises de décision commerciales structurelles, les ministres du Commerce de l’UE dépossèdent ainsi définitivement les peuples d’un droit de regard sur la politique générale de l’Union européenne. Il convient au passage de signaler que cette décision émane de représentants de gouvernements élus qui ne représentent pas ici l’intérêt général mais se soumettent au diktat des intérêts de quelques lobbys. En effet, cet achèvement définitif du processus commencé en 1986 avec l’Acte Unique fige dans le marbre les principes du libre-échange et de la déréglementation, dans une sorte de fin de l’Histoire post-démocratique. Or, quand bien même ces traités de libre-échange seraient utiles pour les citoyens européens (ce qui n’est pas le cas, le CETA allant par exemple à rebours de l’impératif de protection des agriculteurs, des fonctionnaires et des employés), leur adoption en-dehors de tout débat démocratique serait moralement inacceptable. Comment peut-on donner des leçons de démocratie aux Russes, aux Turcs ou aux Iraniens, quand on n’est pas capable d’avoir un débat politique serein sur le choix de politique commerciale du continent européen ?

L’exemple russe montre d’ailleurs toutes les incohérences de la politique commerciale de l’UE, qui impose d’un côté un libre-échange mortifère avec certains pays et, d’un autre côté, limite envers et contre tout les échanges avec notre voisin qu’est la Russie. L’embargo russe, qui est une réaction au régime des sanctions initié par l’UE en mars 2014, a pesé lourdement sur le secteur agricole en termes de pertes de marché à l’export. On voit bien ici le caractère idéologique qui préside aux orientations de politique commerciale et douanière de la part des dirigeants européens.

 

A quoi sert le politique ?

Se laver les mains comme Ponce-Pilate et laisser les mains libres aux technocrates soumis aux lobbys pour négocier les accords commerciaux à venir, voilà qui interroge sur ce qu’est devenu le politique. Alors que ce dernier devrait être, comme dans toutes les autres régions du monde, un régulateur des flux économiques, par un protectionnisme raisonnable et pragmatique, mais bien réel, il semble au contraire que la loi du marché ait pris le pas sur la loi des États. Ceci concourt à la montée globale des populismes en Europe, dont l’Italie nous fournit un exemple récent.

Voilà pourquoi, plus que jamais, la France a besoin d’une alternative politique raisonnable, qui puisse redonner une consistance et un sens à l’action politique, sans verser dans la rhétorique excessive des populistes. Notre France propose cette alternative.

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Frappes françaises en Syrie

Le président de la République a décidé d’engager notre armée dans une opération de bombardement contre la Syrie.

Il engage avec légèreté la France dans une action qui ne fait qu’ajouter des bombes aux bombes, sans ouvrir la voie à un règlement politique du conflit qui ravage la Syrie.

Les ennemis de la France au Levant, ce sont les organisations islamistes qui assassinent des Français en France et font régner la terreur au Moyen Orient.

Notre France ne se laisse pas embarquer dans des expéditions punitives. Notre France détruit les terroristes et use des voies diplomatiques pour rendre possible la coexistence pacifique des chrétiens, des sunnites et des chiites.

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Vladimir Poutine, le spectre de l'ours russe ?

Le large succès de Vladimir Poutine aux élections présidentielles russes du 18 mars 2018 a été accueilli de façon univoque par les pays occidentaux. Le scrutin aurait été entièrement verrouillé et l’adoubement du nouveau tsar des Russes le soir de sa réélection destiné à masquer les insuffisances d’un régime liberticide et ne réglant aucunement la question sociale.

 

Une longue tradition de mépris

Les médias et certains intellectuels occidentaux assimilent la Russie de façon caricaturale à une dictature, témoignant, soit d’une certaine paresse intellectuelle, soit d’une vision condescendante qui a toujours été présente en Europe depuis que la Russie existe. Il suffit de lire ce qu’écrit en 1843 l’écrivain monarchiste Astolphe de Custine dans La Russie en 1839, best-seller de la philosophie politique du XIXème siècle, au même titre que De la Démocratie en Amérique, pour se laisser convaincre du mépris des opinions publiques occidentales à l’égard de la Russie. La Russie des tsars était alors considérée comme l’archétype du despotisme oriental. L’histoire de la Russie était alors celle d’une longue dynastie de tyrans, depuis le nouveau Néron Ivan le Terrible jusqu’au fourbe Alexandre Ier de la campagne de Russie.

Cette vision s’est certes infléchie, mais elle est toujours prégnante dans la pensée occidentale. Elle s’est doublée d’un climat d’affrontement idéologique durant la Guerre Froide. Le Russe est une nouvelle fois associé à la figure de l’Autre qui déferlerait sur l’Europe, en héritier des invasions barbares.

 

Le bilan contrasté de Poutine

Si les médias avaient été un tant soit peu objectifs et nuancés, ils auraient dit ou écrit que le bilan du président russe est contrasté. Certes, les disparités socio-spatiales sont immenses entre les grandes métropoles (Moscou, Saint-Pétersbourg) complètement intégrées à la mondialisation et certaines campagnes où le chômage, la pauvreté et l’alcoolisme sont de véritables fléaux. Selon un rapport de Crédit Suisse en 2017, 1% de la population russe concentrerait les trois quarts de la richesse nationale. L’économie russe, reposant essentiellement sur les ressources naturelles (gaz, pétrole, minerais) et l’industrie lourde, reste très dépendante d’autres puissances industrielles dont la richesse se fonde sur les biens manufacturés. En cela, la Russie ne peut soutenir la comparaison avec la Chine, dont le passé comporte pourtant des points communs. Enfin, la Russie n’est pas un modèle de démocratie. Le modèle de « démocrature », véritable démocratie dirigée et structurée par un parti surpuissant, ne peut être comparable avec les systèmes politiques occidentaux. Elle s’inscrit néanmoins dans le cadre de la légalité et de la constitution.

Il n’en demeure pas moins qu’avec ses 76,8%, et même si des anomalies ont pu être constatées dans le scrutin, Vladimir Poutine dispose d’une assise populaire très confortable. Ceci n’est pas dû au seul nationalisme expansionniste qu’il a mis en avant dans la question ukrainienne, en réalité depuis la guerre d’Ossétie du Sud en 2008. Certes, les Russes voient leur pays comme une forteresse assiégée par l’Occident depuis la fin de l’URSS en 1991. Mais, en reprenant le pouvoir sur les oligarques, en menant une politique volontariste de grands travaux (dont les jeux de Sotchi ont constitué l’un des aboutissements), en rétablissant la croissance malgré deux coups d’arrêt en 2009 et 2015, en instaurant des droits de douane prohibitifs pour défendre les intérêts industriels russes, Poutine a fait redémarrer une économie russe en grand déclin à la fin de la présidence de Boris Eltsine en 1999. Ceci oblige les Français et les Européens à regarder la Russie non pas comme un ennemi mais comme un partenaire économique et diplomatique majeur.

 

Un nécessaire allié

Savoir si la Russie est une dictature douce ou une démocratie est un faux-débat qui ne devrait pas mobiliser l’opinion publique française. A ce compte-là, il y a peu de régimes politiques qui seront fréquentables. De plus, la diplomatie française doit avant tout défendre les intérêts français. Il est ainsi regrettable que l’élection de Vladimir Poutine ait été accueillie aussi froidement par Emmanuel Macron qui a fait le minimum syndical en souhaitant « la modernisation politique, démocratique, économique et sociale du pays. » Le début du mandat du président de la République, avec la réception de Versailles, avait pourtant été porteur d’espoir mais, comme souvent, le macronisme se résume davantage à une politique spectacle qu’à une politique d’action. L’alignement de la France sur la Grande-Bretagne et les États-Unis avec le renvoi de quatre diplomates russes suite à l’affaire Skripal va également dans le même sens.

Il faudrait au contraire reconstruire une relation avec la Russie qui ne soit pas naïve, dans un sens comme dans l’autre. Il ne faut pas tout concéder à la Russie et veiller par exemple à ce qu’elle n’étende pas son influence aux pays de l’ancien Bloc de l’Est ou au Proche-Orient. Mais, dans le même temps, la Russie doit rester un interlocuteur majeur dans le règlement de la question syrienne et, plus largement, dans l’endiguement des réseaux djihadistes au Proche-Orient et en Asie Centrale. Enfin, la Russie doit redevenir un partenaire diplomatique et économique majeur de la France. La Russie et l’Europe doivent être le point d’équilibre dans les relations économiques internationales, entre les États-Unis d’une part, la Chine d’autre part, cette dernière profitant de la défiance européenne pour conquérir de nombreuses parts de marché. En raison des sanctions antirusses appliquées avec particulièrement de vigueur sous François Hollande, la France n’est plus que le cinquième partenaire commercial de la Russie en Europe, se situant derrière les Pays-Bas ou l’Italie. Il convient donc de relancer une politique de grands contrats dans des domaines comme l’aéronautique, les infrastructures de transport ou la construction navale, qui constituent depuis de Gaulle le moteur de notre commerce avec la Russie. Elle doit permettre une redynamisation de nos exportations qui ont chuté de façon inquiétante depuis 2014 dans des domaines jusqu’alors forts comme l’agroalimentaire (-39%), les équipements électriques et informatiques et les vins et spiritueux. La diplomatie culturelle doit être aussi être encouragée, d’autant plus qu’elle est un pilier de nos liens avec la Russie (par exemple, les reliques de la Sainte Chapelle furent exposées au musée du Kremlin en 2017). Ainsi, la francophonie, qui a fortement décliné dans l’espace russe, doit être à nouveau une priorité. La création d’une véritable antenne universitaire franco-russe, basée à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, université en pointe dans les échanges entre nos deux pays, pourrait être un bon levier pour des relations à nouveau apaisées.

 

Jean-François Figeac

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Hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame

Honneur au lieutenant colonel Arnaud Beltrame et pensée pour les victimes du fanatisme et pour leurs familles.

Nous n’en avons pas fini avec le terrorisme qui peut frapper n’importe où, n’importe quand.

Nous payons les désordres du monde aux causes desquels nous ne sommes pas étrangers. Nous payons la faute collective de l’Occident qui a remis son destin aux marchés et aux techniques dans l’abandon de tout ce qui est relatif à la civilisation. Nous payons d’avoir laissé notre nation se défaire en profondeur. Nous avons renié l’assimilation, toléré le séparatisme culturel, fait droit aux communautés, laissé le champ libre aux tribus, aux bandes, effacé tous les repères au nom de l’utilitarsme et du relativisme, désintégré l’art de vivre, la morale, l’imaginaire, les valeurs spirituelles communs qui font le socle d’une civilisation partagée, nous avons construit une société dans laquelle tout ce qui n’a pas un prix n’a pas de valeur… Nous n’en revenins pas qu’il existe encore parmi nous un colonel de gendarmerie qui échange sa vie contre celle d’un otage. Nos ennemis qui sont prêts à mourir pour leur cause meurtrière connaissent notre faiblesse et notre vulnérabilité. Ce terrorisme diffus, anonyme, qui peut frapper dans le plus petit village, au hasard, fait de la désintégration nationale, culturelle, morale, spirituelle, sociale, économique le terreau d’une hypothétique guerre civile de civilisation.

Les imbéciles avaient ironisé quand nous avions voulu reparler de politique de civilisation et quand nous avions dit que notre destin se jouait en Méditerranée. Nous payons finalement la superficialité de la politique qui ne veut pas voir le tragique de l’Histoire et le prendre à bras le corps. Nous risquons, l’Europe, l’Occident tout entier risquent de le payer encore plus cher dans l’avenir.

 

Henri Guaino

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Nicolas Sarkozy et la Libye : le désir d'une affaire d’État

Un grand journal du soir titre : «Le spectre d’une affaire d’État ». Les contempteurs de Nicolas Sarkozy en rêvent. Les journalistes investigateurs aussi. L’institution judiciaire est-elle animée par le même état d’esprit ? Telle est la question la plus importante.

 

La justice doit être indépendante. Soit. Mais la première indépendance des juges est celle qu’il sont capables de prendre vis-à-vis de leurs propres préjugés. J’espère que c’est le cas.

 

Les juges ont des pouvoirs pour faire respecter la loi. Ils les exercent. Soit. Mais ils doivent les exercer avec discernement. J’espère que c’est le cas. Ils doivent proportionner leurs actes aux strictes nécessités de l’enquête. J’espère que c’est le cas.

Ils doivent instruire à charge et à décharge. J’espère que c’est le cas. Ils doivent être les premiers à respecter dans leurs pensées mêmes la présomption d’innocence. J’espère que c’est le cas.

Ils ne doivent pas accuser sans preuve. J’espère que c’est le cas.

Ils ne doivent chercher ni à nuire à celui qui leur déplaît, ni à prendre une revanche sur quoi ou sur qui que ce soit, ni à faire un exemple. J’espère que c’est le cas.

Ils ne doivent pas céder à l’ivresse de la toute-puissance qui conduit à l’abus de pouvoir. J’espère que c’est le cas.

La séparation des pouvoirs et l’un des grands principes de la démocratie. Mais la séparation des pouvoirs n’est pas à sens unique, elle s’impose aussi aux juges. J’espère que c’est le cas.

Appliqués à ne pas commettre de faute professionnelle dans l’application de la loi et le respect de la procédure, les juges doivent tout autant s’appliquer à éviter la faute morale qu’ils commettraient en abîmant la vie d’un innocent, en détruisant sa réputation, sa famille… j’espère que c’est le cas.

Tout le monde se croit obligé de proclamer, comme une évidence, qu’un ancien Président de la République est un justiciable comme un autre. Mais si la loi est la même pour tous, aucun justiciable n’est identique à un autre. Dans l’État de droit, la justice est individualisée, Elle tient compte de l’état des personnes, de leur âge, de leur santé, de leur parcours, des circonstances… C’est pour cela qu’elle ne peut être rendue que par des juges et non par des machines ou des algorithmes. Nicolas Sarkozy n’a ni plus, ni moins de droits que les autres, mais sa situation d’ancien Président de la République n’est pas indifférente. D’abord parce qu’elle oblige les juges à distinguer ce qui relève du judiciaire et ce qui relève de la politique de la France et de la raison d’État. Ensuite parce qu’elle oblige aussi les juges à évaluer, avant de les prendre, les effets de leurs décisions sur la démocratie, sur les institutions, sur l’autorité de l’État. Enfin, elle devrait… j’espère que c’est le cas.

D’où vient alors ce doute que j’éprouve lorsque je regarde le spectacle judiciaire qui nous est donné à voir ces jours-ci et lorsque j’entends égrener les éléments à charge du dossier d’instruction puisque le secret de l’instruction semble ne plus exister et que s’il y avait d’autres éléments nous le saurions déjà. Paroles d’intermédiaire douteux, documents mystérieusement surgis du chaos libyen, témoins qui ont tout perdu dans la chute du régime du colonel Kadhafi et qui veulent se venger… Comment ne pas éprouver un léger malaise devant ces preuves? Comment ne pas ressentir devant ce qui est infligé humainement à Nicolas Sarkozy avec cette garde à vue, cette mise en examen et ce contrôle judiciaire? Les juges ont-ils vraiment le sentiment que tout cela soit indispensable à la manifestation de vérité ? J’espère au moins que c’est le cas.

Je l’espère, car sinon il faudrait prendre au sérieux le risque que courrait, bien au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy, la société tout entière, notre démocratie et nos libertés. Car prendrait forme alors, sous nos yeux, le risque d’une justice devenant sa propre finalité, prête à sacrifier à son idéal purificateur tous ce qui fait une justice humaine. Risque qui en cacherait un autre : celui du procès judiciaire de la politique étrangère et de la raison d’État. Le procès politique de la politique étrangère est normal, légitime dans une démocratie. Le procès judiciaire de la politique étrangère ne l’est pas. Il reviendrait à dissoudre la responsabilité politique dans la responsabilité pénale, la démocratie dans le gouvernement des juges, ou dans tout autre forme de tyrannie, parce que dans les tyrannies il n’y a pas de responsabilité politique, il y a seulement des «procès de Moscou »… J’espère que ce ne sera pas le cas. Mais pour en finir avec cette suspicion, il y a qu’un seul remède : la possibilité de mettre réellement en jeu la responsabilité des juges autrement que devant leurs pairs.

 

Il faudra bien qu’un jour nous ayons ce débat.

 

Henri Guaino

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Notre francophonie !

Il y a des maximes qui nous reviennent parfois spontanément à notre insu. En voilà une : « le travail est un trésor ». Celle-ci a ceci de singulier qu’elle convoque avec elle la fable du Laboureur et ses enfants dont elle est issue. La musique de ses mots nous est familière, leur résonance trouve en nous une créance, et leur sens sonne comme une évidence. Mais, d’avantage encore, c’est la morale de cette fable qui nous attache d’une étreinte particulière ; son évidence simple mais sensible nous revient et nous saisit : nous disposons souvent, sans nous en rendre compte, d’un trésor que nous cherchons pourtant.

Cette vérité que La Fontaine imageait dans cette fable, avec le génie qu’on lui connait, s’illustre avec une acuité saisissante s’agissant de la francophonie. Voilà un domaine – un trésor pour reprendre les mots du poète – dont la France dispose mais dont elle ne mesure pas sinon l’existence du moins l’étendue.

La chose n’est pourtant en rien indicible. La francophonie, entendue au sens d’espace culturel linguistique, est, en effet, un atout considérable.

C’est un atout d’abord parce qu’elle constitue un patrimoine vivant d’une profonde vigueur rassemblée autour d’une langue : le français, parlé aujourd’hui par 274 millions d’individus à travers le monde, et dont le nombre pourra doubler d’ici 2050. Une langue surtout active et rayonnante dont la vitalité s’exprime sur les cinq continents, qui est la deuxième langue la plus apprise, la troisième dans les affaires et la quatrième sur internet. Cette patrie linguistique, dont l’existence participe à la promotion d’un nécessaire plurilinguisme, est l’aiguillon premier de la francophonie ; celle aussi qui justifie l’importance prêtée à cette dernière.

Mais c’est aussi un atout parce qu’elle dispose d’un réseau culturel et éducatif, unique au monde, qui lui est dédié, véritable maillage mondial au service d’une culture et d’une langue. Quelques exemples : 154 services de coopération et d’action culturelle et 124 Instituts français, soit près de 6 000 agents engagés, 800 Alliances françaises, 495 établissements scolaires à programmes français dans 136 pays, 236 espaces Campus France dans 120 pays, 91 bureaux et correspondants de Business France dans près de 70 pays… La liste pourrait s’étendre tant le réseau est exceptionnel et animé d’un réel souffle à la fois singulier et profond. Ajoutons à cela l’existence d’une organisation internationale – l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) – qui lui est consacrée. Là-encore, aucune comparaison dans le monde.

C’est un atout enfin, et peut-être surtout, parce qu’elle rassemble, grâce à la langue, des pays et des peuples autour d’une identité commune. De fait, d’Abidjan à Montréal, de Nouméa à Alger, de Bruxelles à Rabat, de Paris à Dakar, de Niamey à Genève, la francophonie consacre un espace animé d’un héritage, d’une volonté, d’une ambition et d’un souffle en partage. C’est un échange et un mélange des cultures, et une projection dans un avenir pensé désormais en commun. Or, cette appartenance et cet élan partagés sont une source de création et de croissance extraordinaire. On le sait, des pays partageant des liens linguistiques et culturels forts, créent et échangent bien plus que les autres. La francophonie, c’est un potentiel de développement fabuleux dans l’ensemble des champs de la création humaine : économique, culturel, politique, universitaire, scientifique, agricole… C’est en ce sens et par là que la francophonie constitue une richesse considérable. Elle est une source de développement et de rayonnement sans comparaison.

Prenons donc conscience, comme les enfants de ce sage laboureur, que la francophonie est notre trésor. Cessons de l’ignorer, cessons de la dédaigner, cessons de l’abaisser. Faisons d’elle un axe structurant de notre politique étrangère. Faisons-en un levier d’Archimède pour la France et pour les pays francophones. Cultivons, fouillons, bêchons ce trésor. Bâtissons des projets, engageons-nous tout azimut pour construire ensemble cet espace commun, ce projet, cette utopie.

 

Arnauld Comparot

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Les Français veulent-ils encore d’un service… public… français ?

Les Français ont-ils encore le droit de décider de leur avenir, de ce qu’ils souhaitent ou ce qu’ils ne souhaitent pas (comme par exemple le CETA) ?

Ce qui est de plus en plus lassant en France, c’est que l’on se retranche toujours derrière un soi-disant programme, ce pourquoi on a été élu. Bon admettons, mais est-ce bien cela la démocratie, surtout quand on nous l’a vendue comme étant ouverte et participative !

Je crois bon de rappeler que ceux qui ont réellement adhéré au projet du candidat Macron lors des dernières présidentielles, sont précisément ceux qui ont voté pour lui au premier tour, soit 18,19 % des inscrits.

Le second tour étant un agglomérat confus de pseudos adhésions ou rejets de l’autre candidat, permettant de dégager une « majorité » au sens de notre Vème République.         

Nous sommes donc très loin d’un engouement de masse, et d’une adhésion totale au projet du « en même temps ». De ce fait, l’État LREM devrait se faire humble en matière de revendications légitimaires.

Pour ce qui concerne l’avenir de la SNCF, c’est vers l’Europe qu’il faut se retourner car c’est elle qui est à l’origine de ce projet (2001-2016, merci Mitterrand !).

Elle a donc donné le jour à quatre paquets ferroviaires (sic) permettant de distinguer la partie fret, de la partie transport de voyageurs, et ce afin d’ouvrir ces marchés à la concurrence (étrangère, aussi et surtout…) ! En voulons-nous ?

Sur de tels sujets, la solution ne serait-elle pas de poser clairement la question aux français grâce au référendum ?

notrefrance-mouv.fr, c’est ce que nous prônons !

Voulons-nous ou pas d’un service public à la française ?

Souhaitons-nous ou pas brader notre capital ferroviaire ?

Plus largement encore :

Souhaitons-nous une Union Européenne, « fédéraliste », qui décide de tout en notre nom ou bien voulons-nous passer à une Europe de la coopération entre les Nations pour être maîtres de notre destin ?

Enfin, ne faudrait-il pas interroger le peuple français chaque fois que nécessaire sur les questions relatives à l’avenir de notre pays et s’obliger à en respecter le résultat ?

Et vous qu’en pensez-vous ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires.

 

Pierrick Bavouzet

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Annonce de suppressions d'emplois chez Airbus

L’aviation s’est inspirée très largement du monde nautique, que ce soit par la terminologie utilisée, que par ses procédures de construction.

Dès lors il n’est pas étonnant qu’Airbus soit présent à Nantes et St Nazaire, précisément là où il existe un savoir-faire naval reconnu dans le monde entier.

L’annonce de suppressions d’emplois chez Airbus est donc particulièrement inquiétante pour le département 44 et plus largement pour l’ensemble du Grand Ouest qui apporte également le talent humain, d’autant que l’avionneur a recours avec excès aux CDD, mais aussi à l’intérim et fait appel à de nombreux sous-traitants, qui tous seraient placés sur la sellette.

Après STX et ses paquebots passés aux mains des financiers italiens avec un avenir indéterminé pour le site de St Nazaire, la démission scandaleuse de l’État dans le dossier de Notre Dame des Landes et la fin voulue du développement du Grand Ouest, c’est désormais au tour d’Airbus, (dont l’État est actionnaire).

Décidément l’État LREM failli, lui qui promettait pourtant monts et merveilles.

Mais au-delà de ce constat, il convient de se poser la question de savoir comment concilier une nécessaire et utile souplesse dans la production selon les fluctuations du marché, et à la fois pérenniser les emplois et créer de la durabilité.

Tel est l’enjeu majeur auquel on doit trouver une réponse qui tient compte du facteur économique et du facteur humain.

Si vous aussi, vous vous sentez concernés par ce sujet important car il s’agit avant tout de nos vies, de l’avenir de nos régions et plus encore celles de nos enfants, alors contactez-nous : 

soit via notrefrance-mouv.fr

ou plus directement par courriel : pierrick.bavouzet@notrefrance-mouv.fr

 

Pierrick Bavouzet

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Le rapport Spinetta sur l'avenir de la SNCF

Le rapport Spinetta établit un constat sévère sur la SNCF.

Oui, il faut que l’entreprise publique réduise ses coûts et fasse évoluer le statut des cheminots. Le potentiel de progrès est très grand. En revanche, fermer des milliers de kilomètres de petites lignes est une approche purement libérale qui accélérerait le fossé entre la France des métropoles et la France dite “périphérique”. 

L’Etat – avec les régions – doit accepter de financer ces lignes pour que Mende, Sarlat, Avallon, Ussel, Oloron et bien d’autres villes encore puissent conserver ce lien par le rail avec le reste du pays.

 

Jérôme Garcia

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Le rapport Bergé, ou les contradictions de la pensée macronienne en matière d'Education

S’il y avait bien un seul consensus politique depuis l’élection d’Emmanuel Macron, c’était sur l’action de Jean-Michel Blanquer en matière d’Education nationale. Rompant avec plus de quarante années de démagogie, depuis la loi Haby en 1975, ce dernier n’a pas hésité dès sa nomination à remettre en cause un certain nombre de tabous : il a ainsi tenté de recréer les conditions de l’autorité de l’enseignant sur sa classe, a accordé une place centrale aux savoirs fondamentaux (français, mathématiques, histoire-géographie) du primaire au lycée, a montré que le concept de sélection n’était pas un gros mot, en mettant en place des prérequis à l’entrée à l’université. Ainsi, celui qui se qualifiait de « ministre des enseignants » pouvait apparaître aux yeux de certains comme le restaurateur de l’école républicaine, fondée sur le triptyque suivant : effort, mérite, autorité.

Néanmoins, le rapport Bergé, rédigé par la députée LREM Aurore Bergé et la députée UDI Béatrice Descamps apparaît comme un coup d’arrêt par rapport aux bonnes intentions qu’avait affichées le ministre de l’Education nationale.

 

De quoi le rapport Bergé est-il le nom ?

L’intention affichée par les deux députées est d’améliorer le dialogue entre les enseignants et les parents d’élèves, en intégrant ces derniers aux équipes pédagogiques, tout en formant mieux les enseignants afin d’obtenir « une parité d’estime ». Pour ce faire, le rapport propose diverses mesures qui seraient censées rapprocher les deux partis : meilleure formation des enseignants, meilleure information des parents d’élèves sur la politique de chaque établissement (principalement par des applications de téléphonie mobile), mise en place de « rituels positifs », c’est-à-dire d’évènements durant l’année scolaire durant lesquels les parents seraient conviés afin de discuter avec les membres des équipes pédagogiques. Pour développer ces propositions, les deux rapporteuses usent alors d’arguments plutôt douteux, proches soit de la réflexion de café du commerce sur le métier d’enseignant, soit de la bien-pensance qu’une certaine gauche nous livre depuis des décennies (rappelons qu’Aurore Bergé est quant à elle issue d’une « certaine droite », à savoir le juppéisme). Ainsi, les enseignants seraient déconnectés de la réalité de l’établissement dans lequel ils enseignent, notamment dans les quartiers difficiles, car « ils sont, plus qu’auparavant, issus des classes les plus favorisées de la population française. Lorsqu’ils sont affectés dans des quartiers difficiles, ils n’en sont le plus souvent pas originaires, ils n’en connaissent pas les spécificités et vivent de moins en moins là où ils enseignent. » Aurore Bergé et Béatrice Descamps ne veulent pas que les professeurs stigmatisent certains parents d’élèves, mais n’utilisent-elles pas le même processus intellectuel s’agissant de ceux qu’elles critiquent ? En réalité, ce rapport se veut l’écho de décennies de pédagogisme qui ont contribué à affaiblir la fonction d’enseignant, notamment dans les banlieues françaises. Plusieurs mesures sont marquées de ce sceau : une formation accrue dans les ESPE alors que cette dernière est déjà suffisamment lourde pour des enseignants qui ont en outre des cours à préparer ; l’idée que l’Ecole serait un espace de vivre-ensemble, une sorte d’auberge espagnole, avant d’être un lieu de savoir ; enfin la mise en avant du concept de coéducation qui montre une certaine continuité avec le quinquennat précédent puisque ce dernier fut inséré dans le code de l’éducation en 2013.

 

Un rapport déconnecté de la réalité de l’enseignement dans les banlieues.

Ce texte présenté devant la commission des affaires culturelles et d’éducation apparaît complètement décalé par rapport à ce que vivent les enseignants dans les établissements difficiles. Certes, la question d’un retour d’une relation de confiance entre les parents et le corps éducatif doit être soulevée, mais les conclusions qui en sont tirées sont minuscules. Ainsi, les professeurs sont-ils responsables de l’absentéisme de certains parents qui ne viennent jamais lors des réunions parents/professeurs ? Est-ce la faute des professeurs de faire de plus en plus le travail que certains parents ne font malheureusement plus, à savoir la transmission des règles de bonne conduite en société ? Les parents doivent aussi être responsabilisés par les pouvoirs publics et tout discours rejetant la faute sur les enseignants ne fera que saper l’autorité de ces derniers.

De plus, les deux députées ne relatent pas le travail remarquable que font certaines équipes pédagogiques dans de nombreux quartiers, on pense entre autres au lycée Voillaume à Aulnay-sous-Bois ou, dans la banlieue lyonnaise, au lycée Marcel-Sembat à Vénissieux, qui réussissent à avoir d’excellents résultats au baccalauréat grâce à la mise en place d’aides aux devoirs le soir et de cours de soutien durant les vacances scolaires. Cette politique se fait bien évidemment en concertation avec les parents d’élèves. Cet effort en direction des zones sensibles a pourtant été encouragé par Jean-Michel Blanquer, en donnant plus de moyens aux établissements classés REP ou REP+, en y revalorisant les salaires des enseignants ou en expérimentant les classes à 12 élèves. Le rapport Bergé, en stigmatisant les équipes pédagogiques sans voir la diversité du terrain, risque donc de couper cet élan.

 

Ce ne sont pas les parents mais les enseignants qui doivent être au cœur du système éducatif.

Ce ne sont pas les parents qui doivent être au cœur du système éducatif, mais bel et bien les enseignants, qui, par l’autorité de leur savoir ainsi que la nécessaire empathie qu’ils doivent développer, doivent être le moteur de la construction intellectuelle de l’enfant. La confiance du chef d’établissement comme des parents à l’égard du professeur doit être totale afin de permettre des relations apaisées entre ce dernier et ses élèves.

Pour cela, il faut recréer les conditions d’un véritable contrat pédagogique entre les enseignants et les parents d’élèves, sans jeter l’opprobre sur les uns ou les autres. Chacun se doit de faire un pas. D’un côté, les équipes pédagogiques se doivent d’être plus disponibles. Voilà pourquoi, les réunions parents/professeurs devraient se tenir avec plus de régularité (une fois par mois). Les cours de soutien du soir devraient être généralisés sur l’ensemble des collèges et lycées des zones difficiles, au prix d’une revalorisation salariale conséquente des enseignants volontaires. D’un autre côté, il convient aussi de responsabiliser les parents, en supprimant les allocations familiales aux parents des élèves qui seraient non assidus ou gravement perturbateurs dans leurs classes. Former certains parents ne parlant que très partiellement le français dans des cours du soir assurés par des AVS (auxiliaires de vie scolaire) peut également être une piste intéressante. C’est par cette politique équilibrée que la confiance reviendra au sein de l’Education nationale.

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